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Intelligence Emotionnelle. Témoignage de son impact

L’intelligence émotionnelle,  

15 mn d’authenticité pour basculer d’une production laborieuse à une coopération fluide, efficace et créative


Nous n’écoutons pas souvent nos ressentis. Nous les exprimons encore plus rarement. Par croyance : l’émotion ne relève pas de la sphère professionnelle. Par jugement sur notre sensibilité. Observons attentivement cette séance de travail et les 15mn d’authenticité qui font basculer d’un climat lourd et difficile vers une séance de grande efficacité.


Contexte et relations

Mercredi 17 novembre, 9h du matin. Nous initions 2 journées de travail à 3. Cette 2ème Séance de production a pour objectif est de préparer le contenu d’un nouveau module de formation. Elle fait suite à une 1ère séance de créativité d’une journée qui nous a permis de détailler le déroulé du module (pas à pas).  

Je suis leader sur ce projet. Nathalie a la main sur la séance de travail. Elle déroule le pas à pas. Nathalie est méthodique et pragmatique. Je suis aussi un homme de méthode, de concept. Je suis aussi un créatif. Valérie enrichit notre pratique et porte un regard attentif sur les mots. Nous nous connaissons très bien et avons l’habitude de travailler ensemble. Notre objectif commun est de préparer le contenu de chaque atelier.

Les faits précis : observation de la 1ère heure,  

Nathalie, méthodique et pragmatique déroule le pas-à-pas, atelier par atelier. Elle rédige au fur et à mesure le contenu avec précision.

Je propose des options, questionne parfois le timing du déroulé, apporte des idées pour enrichir le contenu. A plusieurs occasions, j’accepte de ne pas retenir mes propositions devant les arguments de Nathalie ou Valérie.

Un dialogue intérieur stérile,

Dès les 1ères minutes, je me sens mal face à Nathalie.  

Emotions : Je me sens jugé à chaque intervention. Comme si nous ne nous comprenions pas. Je ne me sens pas accueilli dans mes propositions. Je me surprends à avoir peur d’émettre de nouveaux avis face à Nathalie et Valérie avançant de manière fluide,  

Ressenti : Je vis un malaise qui grandit chaque minute.

Pensées : je me juge : « je remets toujours tout en cause », « je ne suis pas assez pragmatique, laisse les faire ». Je juge nathalie rigide, agressive et peu respectueuse.

Impact : Je décide de moins intervenir. Je dis « oui » à leurs propositions sans vérifier ma position. Je les laisse faire tout en ruminant en silence. J’abandonne alors mon  pouvoir et ma responsabilité. Je ne suis plus engagé dans le processus de production. Plutôt que de m’occuper de mon malaise en relation, je suis en posture de jugement de l’autre.

Emotions : En corollaire de cet abandon de responsabilité, la honte s’installe : honte  de ne pas être correct, honte d’être repris sèchement devant Valérie, honte de ne pas comprendre ce qui se passe, honte de ne pas exister et de ne pas m’affirmer face à Nathalie.

Ressentis : Mon corps me signale la tension. J’ai le ventre serré. Je croise les jambes nerveusement. Je fuis  le regard de Nathalie et m’absorbe dans la lecture attentive du document. Je me focalise sur les détails.

Pensées : Je suis dans la confusion mentale. Je cherche à comprendre en quoi mon attitude déclenche les réactions de Nathalie. J’émets des hypothèses « je ne dois pas être suffisamment ceci ou cela ». Je suis focalisé sur elle pour tenter de trouver la réponse.

Traverser le mur de la peur (15 mn)

Une pensée me propulse dans l’action ! « Tu ne mérites pas de vivre ça Alain. Peu importe les raisons, exprime ton malaise ». Je me lance :

    Alain - « Nathalie, excuses-moi de t’interrompre mais là je me sens vraiment mal en face de toi. Je ne comprends pas ce que se passe entre nous. Une chose est sûre, ce n’est pas agréable pour moi. Je suis tendu. Je ne me sens pas accueilli dans mes propositions. J’ai vraiment besoin qu’on se parle ».

    Nathalie – « Oui ! C’est lourd à porter pour moi. Je m’applique à suivre le travail que nous avons fait et décidé ensemble. Et c’est dur de t’entendre remettre tel ou tel point en question. J’ai la sensation que tu redécouvres le document. J’ai l’impression de travailler pour rien et ça m’insécurise.  

    Alain - « Je suis désolé. Mon intention est vraiment de respecter notre Pas-à-Pas. J’apprécie justement ta capacité à respecter le cadre que nous avons posé. Cette capacité me rassure. Nous en avons besoin. Alors merci de le tenir. Par contre, j’ai besoin d’être entendu quand je propose quelque chose ».

    Nathalie – « Je te remercie de reconnaître ça Alain. J’arrive tendue parce que je te sais capable de tout remettre en question. Ça m’insécurise. En plus, je suis sous pression du temps car je vais devoir produire les fiches et dispose de peu de temps les semaines à venir. C’est donc primordial pour moi de tout produire pour demain sans faute. Comme je suis rigide à tenir le cadre, j’ai du mal à être sensible à toi, à t’écouter.

    Alain – « Je comprends. Ça me fait de la peine de t’entendre. Mon intention est vraiment de te donner ta place. De mon côté, je me sens aussi fier de t’avoir laissé la main sur l’élaboration du document pour m’éviter de prendre le contrôle sur tout comme j’en ai l’habitude.  

    Nathalie – Ça me fait du bien t’entendre ça. J’avais un doute. Moi mon intention est de garantir une production dans les délais tenant compte de nos impératifs respectifs. J’ai à cœur aussi d’apporter ma contribution à notre élan collectif.

    Alain – Je le sais. Mais c’est bon de t’entendre le réaffirmer. Je me sens entouré. J’avoue que je vis aussi de la tension face à l’enjeu de ce module expérimental. Alors mes idées se bousculent et je perturbe notre déroulé. Cette insécurité m’appartient. Je m’en occuperai plus tard.

    Nathalie – Merci. Vraiment ça me soulage  parce que c’est difficile pour moi de te cadrer et de suivre le pas à pas tout en notant le détail des ateliers.   

    Alain – Je comprends aussi que tu portes la réunion, que tu modifies le pas à pas à produire et note en plus le détail des ateliers. Je te propose de partager les tâches. Ainsi cela va te soulager. J’ai aussi une demande à te faire : quand  tu vois que je déborde, STP, fais-moi un petit signe, je me réajusterai.

Impact en relation : L’émotion est intense entre nous. Nous retrouvons la connivence habituelle. La tension tombe. Le soulagement fait renaitre les sourires. Se comprendre, faire tomber les tensions, renouer avec un dialogue authentique, respectueux et responsable ouvre un espace de liberté relationnelle propice à une coopération performante. Nous retrouvons de la confiance relationnelle.

De fait, nous notre objectif a été atteint dans la joie et le plaisir, en associant rigueur et créativité.

Taire ses ressentis crée les conditions de la tension relationnelle

Décryptage : au départ, nous démarrons la séance sans un calage relationnel. Les intentions et état d’esprit de chacun ne sont pas partagés. Les conséquences directes ont été de partir en production sans savoir où en était l’autre. Nous n’étions pas en relation. Focalisés chacun sur l’action, les décisions, nous ne partagions pas nos vécus (tension, peurs, malaise, etc.)

L’impact de notre manque d’authenticité a été de perdre chacun le pouvoir sur la qualité de la production. Au lieu de nous occuper de nos tensions internes, nous étions dans la crainte et le jugement de l’autre.

Nous étions en mode réactif, accusant secrètement l’autre de nous insécuriser (Nathalie) ou de nous rejeter (Alain). Nous produisions certes mais dans la tension, avec des argumentations stériles. Nous cherchions chacun à nous justifier et convaincre l’autre que nous avions raison !

Sans que cela soit conscient, nous avions abandonné chacun notre responsabilité (de notre état intérieur) persuadés que l’autre était le responsable de notre malaise. Les 3 impacts principaux d’une telle attitude relationnelle est :  

dans l’instant,  

   - de produire un document avec des désaccords non exprimés. Une forte probabilité que ce document soit remis en question à la 1ère occasion,

   - de produire dans un climat générateur de stress, de tension physique  et de désagrément relationnel.

Dans un futur proche,

   - d’être le ferment de nouvelles tensions dès que l’environnement extérieur (le client par exemple) portera une réclamation sur la production, l’un accusant l’autre d’être responsable.

Dans un futur plus lointain, si cette situation venait à se reproduire,

   - un désengagement durable d’Alain et Nathalie pour travailler ensemble. En cas de récidive aigüe, les sentiments de rejet et d’insécurité peuvent entrainer une rupture relationnelle, chacun jugeant l’autre responsable de son mal être au travail.

 

Arrêtons-nous juste un instant

Cette brêve histoire ne fait-elle pas écho à nos vies professionnelles ? Ne percevez-vous pas là dans ce simple échange du quotidien, le ferment des incompréhensions, insatisfactions, stress au travail.

La souffrance au travail n’émerge-t-elle pas souvent de ces tensions ou incompréhensions relationnelles ?  

Nos modes de communication et non-discernement de nos comportements intérieurs ne sont-ils pas le terreau de nos difficultés relationnelles ?

Passer de la confrontation à la coopération, de la tension à la joie, est le résultat d’une attitude courageuse et responsable : celle d’oser traverser nos peurs, celle d’oser se montrer sensible, celle de se livrer authentiquement. Nous retrouvons instantanément la confiance, l’envie, le respect de la différence, la gratitude et l’énergie. Nous ouvrons ainsi un espace relationnel propice à la coopération, à la créativité, à l’efficacité, à la performance durable.